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Ils font l’animation japonaise : sept réalisateurs ou auteurs qu’il faut absolument surveiller

L’animation japonaise reste un sujet confidentiel pour le béotien curieux. Cependant, de timides tentatives arrivent chez nous, portées par le distributeur Eurozoom qui doit essuyer les craintes des salles quand le film n’est pas issu du studio Ghibli. Certaines portent leurs fruits, encore plus ne vont nulle part, mais l’offre grandit et accompagne des canaux de diffusions légaux toujours plus complet pour les séries. En France comme partout ailleurs apparaît une nouvelle donne d’acteurs clés dans le milieu. Morceaux choisis de ceux qui font et feront l’actualité, de la partie émergée de l’iceberg.

L’as de coeur : Mamoru Hosoda

C’est le plus sensible de cette sélection. Toujours taxé de « nouveau Miyazaki » quand il sort un nouveau film tous les trois ans, à une cadence de métronome. Né en 1967, extrêmement proche de ses cinquante ans, il arbore un CV impressionnant. D’abord engagé dans le studio Toei Animation, il passe à Madhouse en 2005, pour le quitter six ans plus tard et créer sa propre boîte, Chizu.

Hosoda Mamoru. Crédit image : Dick Thomas Johnson

Hosoda est peut-être celui dont le travail se reconnaît le plus, car son amour des canevas se voit sur tous les aspects de son oeuvre, qu’ils soient techniques ou scénaristiques. Avant de se lancer dans ses longs-métrages, il travaille son style en faisant des missions ponctuelles, dont un épisode de Digimon qui nivelle toute la série par le haut. Sa patte graphique est très personnelle : sa manière de dessiner les visages, les corps, les membres, les expressions, est unique.

Il aborde en permanence les mêmes sujets : les matrices, les univers virtuels, la famille, la dualité. Piochez deux ou trois de ces thèmes, et vous avez un film Mamoru Hosoda. Toujours la famille, dans sa globalité (Summer Wars), la paternité vue par une mère célibataire (Les Enfants-Loups) puis la filiation et l’adoption par une bête patibulaire (Le Garçon et la Bête). Son prochain projet ne déroge pas à la règle : Mirai, ou « Futur », évoquera les relations en fratrie. Mieux, il escamote ses obsessions de manière logique, comme des dominos, rendant ses prochains scripts étrangement prévisibles.

Le Garçon et la Bête

Même en narratologie, l’homme est un habitué des films en deux actes, construits de la même manière. Mais qu’importe, les postulats sont variés, pour peu qu’on aime une touche de science-fiction et de folklore local. Dans La Traversée du Temps, une fille fait joujou avec ses nouveaux pouvoirs temporels. Les Enfants Loups parle de transformations et de yokai, bestiaire folklorique japonais. Dans Summers Wars, une réunion de famille tourne à la mission-sauvetage du monde d’un missile nucléaire, sous fond de premiers émois adolescents. Hosoda puise dans son imaginaire pour parler d’âges variés, à des publics variés, toujours avec une sincérité et une chaleur qui mettent le spectateur en émoi. Il y a toujours un personnage qui fond en grosses larmes dans ses films, et il est difficile de ne pas les imiter.

Il aime : Les grosses larmes réalistes, les motifs, les histoires de famille.
On vous conseille : La Traversée du Temps. Summer Wars. Les Enfants-Loups. Le Garçon Et La Bête. Oui, tout ça !

Le modeste : Makoto Shinkai

Makoto Shinkai… est un grand timide. Chaque interview de l’homme vous le fera comprendre, et son immense succès l’année dernière avec Your Name donne l’impression d’un artiste ayant vu son dernier bébé exploser et ne sachant plus où se mettre. Son prochain travail sera scruté de trop près pour de si frêles épaules.

Ça ne veut pas dire qu’il ne mérite pas cette attention. Le jeune – né en 1973 – Makoto Shinkai a commencé sa carrière de réalisateur en prenant le rôle d’homme orchestre de Voices of a Distant Star. C’est approximatif, pas très beau, mais l’oeuvre d’une seule personne. Au fil du temps, le style du petit génie s’affirme. Il monte en popularité à vitesse exponentielle avec 5 Centimètres par Seconde, Voyage vers Agartha et Garden Of Words avant le grand final de décembre dernier. Dans tous ces films, des constantes formelles et scénaristiques. Son oeuvre fait travailler les glandes lacrymales et est fortement inspirée par ses souffrances personnelles.

The Garden of Words

Elle évoque frontalement le deuil, la séparation, les maux qui en découlent. 5 centimètres… est si frontal sur le sujet que le regarder au mauvais moment peut être un tour de force. Your Name (le film d’animation japonais le plus lucratif au monde) joue un peu avec cet horizon d’attente. Dans chacun de ses films, Shinkai livre une performance de photoréalisme à couper le souffle dans ses décors. Plan de Shinkai ? Véritable photographie ? On ne sait pas toujours. Il n’aime pas ça, mais le meilleur candidat pour devenir LA prochaine référence mondiale en termes d’animation, c’est sans doute lui. Il n’y a pas plus prometteur et travailleur dans ce milieu que Makoto Shinkai.

Il aime : Les décors photo-réalistes. Les histoires d’amour qui font pleurer.
On vous recommande : Your Name, 5 Centimètres par seconde.

Le doux dingue : Maasaki Yuasa

C’est le challenger, le nouveau venu, celui pour lequel le succès d’estime est inversement proportionnel à son succès commercial. C’est à se demander si son dernier bébé, Lou et l’île aux sirènes, n’aurait pas eu une plus grande audience au festival d’Annecy que pour son box-office français. Yuasa a d’ailleurs reçu son prix tandis que son film dégringolait chez lui. C’est regrettable, car il est simple de comprendre ce que le jury d’Annecy y a vu : de superbes techniques d’animation qui injectent un peu d’Occident – dont du Tex Avery – dans un mélange sous acide, en perpétuelle invention.

Lou, de son propre aveu, est un film aussi grand public que possible. Ce film en flash aborde tout de même des thématiques universelles, au service d’une histoire claire et de personnages auxquels on peut s’identifier. Un délire trippy, mais faisant du bien à l’âme avec cette énergie débordante et ces bons sentiments.

Pour ses fans, Maasaki Yuasa, c’est un dingue. Une sorte de scientifique de l’animation, qui ne se donne aucune limite – l’exemple le plus probant est son film Mind Games, qui parle d’animation en la tortillant autant que possible. Avec Ping Pong, il garde sa patte formelle pour parler de la jeunesse japonaise et de son désoeuvrement, sans sacrifier le sujet du titre. Et on le retrouvera l’année prochaine sur Netflix avec Devilman Crybaby. La France le boude encore, mais il n’a plus rien à prouver, en témoignent ses propres œuvres et de nombreux passages dans des séries collectives, dont Space Dandy et Adventure Time !

Il aime : Le grand n’importe quoi maîtrisé, les expressions et mouvements improbables, jouer avec son spectateur.
On vous recommande : Mindgame, The Tatami Galaxy, Lou.

La jeune prodige de la TV : Naoko Yamada

Cette sélection est bien trop masculine, mais heureusement, voici une artiste qui pourrait bien faire parler d’elle à l’avenir. Naoko Yamada, bientôt 33 ans, est une étoile montante issue du monde de la télévision.

Nourrie dans la culture manga dès le plus jeune âge, étudiante à l’université de Kyoto, elle rejoint Kyoto Animation, un studio particulièrement prolifique. Elle y gagne des échelons, et glane des responsabilités sur un genre bien précis : le « tranche de vie », où l’on ne raconte pas grand-chose, mais en y mettant les formes. Elle dirige la série K-On, puis Tamako Market, deux succès d’estime. Elle deviendra la réalisatrice d’A Silent Voice – un film adaptant un manga très émouvant sur une lycéenne sourde-muette.

A Silent Voice

Ce dernier est lui-même dessiné par Yoshitoki Ōima, une mangaka encore plus jeune. Ces adaptations sont fidèles, carrées, et rencontrent un succès tangible ou, au minimum, provoquent encore des discussions de passionnés dix ans plus tard. Qu’en déduire ? Que Naoko Yamada a beaucoup de talent pour adapter une histoire et la sublimer sur le grand écran. Pour leur donner une épaisseur sans jamais les trahir. Plus qu’à attendre une création maison pour connaître un peu mieux son univers.

Elle aime : Les tranches de vie, dessiner des jambes
On vous recommande : A Silent Voice

[La sélection de la rédaction] Les 12 nouveaux films ou séries à voir sur Netflix en septembre

Après un mois d’août marqué par les arrivées des séries Ozark (qu’on a beaucoup aimé), The Defenders ou celles de longs-métrages tels que Seul au monde ou Raisons d’État, voici que s’avance un mois de septembre chargé (pour les séries, du moins). Voici notre sélection (non exhaustive) des œuvres sorties récemment à ne pas manquer, séries et longs-métrages confondus.

Narcos

Petit rappel, vous ne trouverez pas dans cette sélection la saison 1 de Star Trek Discovery (qui débarquera sur la plateforme de SVoD le 25 septembre) ou encore l’attendu The Bad Batch, pour la simple et bonne raison qu’on ne vous conseille ici que des choses que l’on a vues (exception avec la saison 4 de BoJack Horseman, qui sort aujourd’hui, mais on s’en fait pas trop pour lui !).

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En attendant les œuvres mentionnées ci-dessus, vous avez néanmoins de quoi faire avec la liste de cette rentrée. Il y en a pour tous les goûts, de Fargo à Là-Haut en passant par Scary Movie ou les Avengers question cinéma, et de Narcos (saison 3) à The Expanse (saison 2) en passant par Peaky Blinders (saison 3) concernant les séries. Bon visionnage, et n’hésitez pas à nous donner vos œuvres préférées sorties récemment !

[La sélection de la rédaction] Les anime sortis en 2017 qui méritent d’être découverts

Quatre fois par an, le robinet à animes s’ouvre en direct du Japon pour des saisons littérales. Quatre fois une cinquantaine d’univers originaux, de reprises, de suites, de pastilles, de films pour enfants… pas facile de faire le tri. On vous a concocté une liste qui trie au maximum des univers assez grand public, aux enjeux et tons un minimum variés, qui couvrent cette grosse première moitié d’année 2017. Chaque anime est distribué légalement en France, mais écla-tement de l’offre oblige, sur quatre réseaux différents.

Miss Kobayashi Dragon Maid

Adapté d’un manga encore obscur en France, Miss Kobayashi… part d’un postulat impro-bable. Une office girl Japonaise, bien ancrée dans la vie d’adulte et un peu blasée, s’égare après une soirée trop arrosée et fait la connaissance d’une dragonne échappée de son monde. Tooru, c’est son nom, revient toquer le lendemain, mais cette fois sous forme humaine… et avec des habits de maid. La créature s’est éprise de son nouvel hôte et va prestement squatter, sous couvert de prendre soin de l’appartement. Le quotidien de Kobayashi va bientôt se remplir d’êtres surnaturels du même acabit et, mine de rien, lui redonner le sourire.

Cette série, travail du très luxueux studio Kyoto Animation – au moins un très grand gage de qualité technique, tant le studio est loin de manquer de moyens – s’inscrit dans la tradition du « tranche de vie » et de l’humour de décalage provoqué par ces dragons installés dans notre monde. Tooru en personnage principal, Kana en gamine adorable qui s’émerveille de tout, Lucoa en femme plantureuse et au caractère unidimensionnel, puis Elma, dragon aqua-tique, dont la principale caractéristique est d’avoir souvent faim. Les grands classiques y pas-sent : « l’épisode plage », « l’épisode festival », ce n’est pas le chantre de la créativité, mais on y trouve, mine de rien, quelques messages intéressants et progressistes sur la société et la famille japonaise. Un divertissement basique donc, mais aussi léché que possible.

Disponible sur : Crunchyroll et Wakanim

March Comes In Like A Lion

C’est la caution esthétique, sensible, la plus profonde de cette sélection. Elle tend à prouver que la représentation d’un quotidien, qui ne comporte pas forcément de grandes aspérités, peut aussi être porteuse de sens. Ici, on suit l’histoire de Rei, 17 ans, joueur de shogi (plus ou moins l’équivalent japonais des échecs) qui a un réel problème de dépression. Ce jeu, qui constitue l’ensemble de ses revenus professionnels après son abandon du lycée, n’a pas l’air de tant l’investir que ça, et il se laisse vivoter dans son appartement vide aux abords de Tokyo. Il faut dire que Rei a perdu l’ensemble de sa famille dans un accident violent et que le souvenir de ce drame constitue l’ensemble de sa vie actuelle.

Heureusement, le tableau n’est pas totalement noir puisqu’il est souvent « recueilli » par une fratrie de trois soeurs, elles aussi frappées par un deuil. San-gatsu no lion, adaptation d’un manga de Chika Umino (Honey & Clover), est visuellement superbe, traitée par l’habituel fantasque studio Shaft, ici plus en re-tenue. Une histoire sensible, où des personnages expriment ce qu’ils ressentent (enfin, parfois, et c’est déjà un miracle) mis au service d’un délice visuel permanent. Les personnages, variés, sont riches en caractères et en surprises, et l’anime n’hésite pas à verser dans la noirceur sans jamais atteindre le pathos gratuit. March Comes In Like A Lion, c’est du mélo, du bon mélo, et il n’y a rien de mal à ça.

Disponible sur Wakanim

Little Witch Academia

Pour résumer au maximum : Harry Potter en anime, pour les plus jeunes. Plus concrètement, c’est surtout la dernière fantaisie du studio Trigger, toujours prompt aux délires visuels. Après deux coups d’essai réussis (aussi disponibles sur Netflix) le producteur américain de streaming s’est offert une saison complète des aventures d’Akko, sorcière très très débutante, dans une école de magie internationale où tout le monde est bien plus compétent en la matière qu’elle. Enfin, sauf les profs, qu’on ne verra jamais avoir de l’autorité ou servir à quelque chose.

Difficile d’éviter les comparaisons : Akko est au centre d’un trio composé des irrésistibles Lotte et Sucy, respectivement nerd proche des esprits et l’autre le meilleur personnage de la série, fétichiste des champignons et des poisons. Autour d’eux gravitent d’autres trios d’élèves et toute une classe qui, à chaque épisode, traversent des aventures épisodiques avant qu’une trame de fond n’apparaisse. La course de balais, celui où on revisite l’origine de la saga Twilight, une abeille qui rend les gens amoureux… tout ça est naïf, parfois un peu lent, mais toujours fait avec beaucoup de plaisir et un sens de la production qui enchante, même si ce n’est pas aussi poussé que les deux premiers courts-métrages. La musique, symphonique, est un petit bonbon qui ne disparaît jamais. Inégal, meilleur dans sa deuxième moitié mais très plaisant, Little Witch Academia est un premier bon exemple de mariage arrangé entre la japanime et Netflix.

Disponible sur Netflix