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Catégorie : Jeux-Video

[Test] South Park : L’Annale du Destin [PC, PS4, XBO]

Notre récent contact avec la preview de South Park : L’Annale du Destin nous laissait espérer un jeu aussi provocateur et généreux que son aîné. Sentiment confirmé sur le long terme, même si certaines innovations sont à apprécier, à défaut d’une vraie révolution de la franchise.

Si le début de L’Annale du Destin raccorde directement avec la fin de Le Bâton de la vérité, il prend rapidement une autre tangente pour mieux coller à son nouveau decorum. Dans la peau d’un petit nouveau à South Park, enrôlé malgré lui par Cartman (devenu The Coon), et sa bande de justiciers, le jeu se joue comme un parcours initiatique de longue haleine dans le costume (modulable) d’un justicier aux pouvoirs surhumains (modulables eux aussi). Ainsi, chaque étape scénaristique majeure permet de s’octroyer une spécialité supplémentaire (mutant, cyborg, assassin, etc), qui donne droit à de nouvelles panoplies martiales.

Mieux (et il était temps) : le personnage peut aussi jongler entre plusieurs artefacts et les placer sur un nombre limité de slots pour donner plus d’impact sur tel types d’attaques. Les combats se déroulent désormais sur un damier à taille variable, qui peut parfois excéder l’enceinte de l’écran. Chaque coup spécial possède non seulement sa puissance et ses altérations d’état, mais aussi (et surtout) son aire de dégât. Certains se font au corps à corps, d’autres sur plusieurs zones, et d’autres bousculent la position l’ennemi, tactique idéale pour l’envoyer valdinguer sur un compagnon, et créer un enchaînement de combos. Plutôt malin, ce système de combat a aussi le mérite de varier ses objectifs (il ne s’agit pas toujours de vaincre l’ennemi mais parfois de le fuir), selon les besoins du scénario, n’hésitant jamais à créer des situations aussi improbables (SDF, petits vieux, stripteaseuses, flics racistes, tout le monde y passe) que spectaculaires. Malheureusement, ces combats (et le jeu en général) ne sont guère difficiles, et frôlent parfois une routine qui aurait mérité un peu de défi pour nous passionner jusqu’au bout.

[Test] The Evil Within 2 [PS4, XBO, PC]

Retour de Mikami dans les chaussures confortables mais un peu collantes du Survival-Horror qu’il avait révolutionné quelques années auparavant, The Evil Within (notre test) enfonçait les portes de la perception pour créer de l’angoisse. Un concept sans doute cher à Tango Gameworks qui reprend l’idée dans une suite qui tente de recoller les bouts de l’épisode original en mieux. C’est vite oublier le destin de la créature de Frankenstein.

Sebastian Castellanos est un enquêteur qui sent le cuir jauni et la poudre, jamais rasé de près ni très loquace, bref, le type même de l’enquêteur maudit à qui il arrive des bricoles. Ici, pas de deals mal gérés, de descente des stups négociée, mais une plongée traumatisante dans les travers d’un univers virtuel dérangé. Ce bon Seb est trop vieux pour ces conneries, c’est évident, sauf quand il est question de sa propre fille. Enlevée par l’organisation déjà responsable des événements du premier épisode, Lily est à la fois le cœur du STEM et la proie de plusieurs personnages avides de pouvoir. Balancé dans la ville fictive d’Union, nouvelle bourgade générée par la machine, sans qu’on lui demande plus que ça son avis, Sebastian va se heurter encore aux délires macabres d’un tueur maniéré.

Artiste aux goûts discutables qui pourrait sans nul doute devenir la coqueluche de vernissages parisiens concernés, il teinte cet univers de sa folie créatrice. Les cadavres démembrés côtoient les carrées de glaïeuls dans les pelouses, mais chaque zone modifiée par ce bad-guy photographe prend des allures d’installation sauvage, à la fois glauque et fascinante. Bien plus proches des expérimentations visuelles de Ninja Theory que des choix esthétiques de son prédécesseur, les environnements piochent dans les délires de Beksinski, les griffures de Bacon, bourrés de reliquats suintants et d’une sobriété dérangeante parce que paradoxale. Chaos et beauté glacée se triturent pour donner de cet échange contre-nature un monde conforme à ce que peuvent être les fulgurances d’un esprit malade, sans se complaire dans la seule horreur. Une belle réussite de Keita Sakai, qui est l’une des principales ancres d’un jeu accrocheur avant tout sur son immersion et ses cassures de rythme.