Dois-je satisfaire l’église au détriment du peuple et de l’armée, afin de m’assurer une bonne stabilité financière ? Avoir une aventure avec cette guerrière venue du Nord me permettra-t-elle de conclure une alliance en cas de guerre, au risque de froisser le cardinal ? Est-ce une femme qui a créé l’univers ? Et pourquoi diantre je meurs alors que le peuple m’acclame ?

Régner n’est pas une tâche aisée. Une mauvaise décision, une alliance hasardeuse et le peuple a vite fait de libérer votre tête du joug tyrannique de votre corps. Il suffit d’essayer Reigns, le jeu mobile de Nerial sorti l’an dernier pour s’en rendre compte. Imaginez maintenant que vous troquiez les attributs d’un Roi pour la couronne d’une reine. On vous prévient tout de suite, régner quand on est une femme et que l’on doit faire face aux mœurs du moyen-âge, c’est une toute autre paire de manches. Car en plus de devoir prendre des décisions difficiles, vous allez devoir asseoir votre légitimité en tant que souveraine. Et cela tombe bien, Nerial et Devolver vous proposent de vivre cette expérience avec Reigns : Her Majesty.

Game of Crowns

Pour se démarquer de son aîné, cette suite spirituelle (on précise « spirituelle » car Reigns : Her Majesty ne s’inscrit pas dans le canon de Reigns) abandonne la mode moyenâgeuse pour une esthétique plus renaissance. Côté gameplay par contre, rien de nouveau sous le soleil.

Dans la peau d’une reine, puis de ses successeures, vous devrez toujours faire des choix pour maintenir un certain équilibre entre les quatre pouvoirs : l’église, le peuple, l’armée et la trésorerie. Pour ce faire, vous devrez faire glisser des cartes vers la gauche ou la droite, à la façon du « swipe » de Tinder, en fonction de la décision qui vous convient. La plupart de ces choix influenceront positivement et/ou négativement un ou plusieurs pouvoirs, et si l’une des jauges est vide ou entièrement remplie, c’est Game Over. La mort n’est pas pour autant une fin en soi, puisque votre conscience est transférée dans le corps de la Reine qui vous succède.

La nouvelle souveraine conserve les cartes et les objets précédemment acquis par son aïeule. En effet, au rayon des nouveautés, on trouve désormais un inventaire d’objets. Ces derniers permettent de déclencher des interactions spéciales avec les personnages, et ainsi découvrir une nouvelle ramification de l’histoire. Car oui, comme pour Reigns, le nouveau bébé de Nerial possède un scénario, et une flopée de fins différentes.

Mais plus que dans son intrigue particulièrement drôle, Reigns : Her Majesty puise sa force dans sa manière de faire passer un message.

I’m a woman of all ages

Reigns : Her Majesty est un jeu féministe. Attention, on ne parle pas d’un féminisme de façade qui s’illustrerait à travers deux-trois répliques lancées à la volée. Non, le féminisme de Reigns : Her Majesty se dévoile à travers vos décisions. Vous êtes une femme forte et ambitieuse, et vous avez la possibilité d’agir en tant que telle.

Faire montre de vos valeurs féministes et progressistes à une époque où les mœurs ne sont pas tendres envers les femmes vous fera emprunter un chemin différent dans la résolution de l’histoire. Libre à vous de défier l’église en refusant de céder à ses demandes de chasteté et de piété, de forger des alliances et prendre des décisions politiques dans le dos du Roi, de multiplier les amants et amantes, ou de ruser pour donner plus de pouvoirs aux femmes et satisfaire les desseins d’une mystérieuse déesse. Attention, cependant, vos choix ne resteront pas sans conséquence… Vous pourriez finir sur le bucher plus rapidement que vous ne le pensez.

Continue Reading

Continue Reading

Mélanger une ambiance façon Stranger Things avec une aventure textuelle à l’ancienne façon l’Amstrad CPC ça vous tente ? Rassurez-vous, aussi austère qu’il puisse paraisse, Stories Untold se révèle être un petit jeu haletant et inquiétant qui vous fera découvrir les joies des interfaces inexistantes. « Read review ».

L’histoire commence avec la 36e Ludum Dare qui s’est déroulée à la fin de l’année 2016. En 48 heures, les développeurs devaient faire un jeu sur le thème « technologie antique ». Le collectif NoCode basé en Écosse et dont fait partie Jon McKellan qui a travaillé sur le réussi Alien Isolation s’est prêté à l’exercice. Ce qui en était ressorti était particulièrement intéressant et portait le nom de The House Abandon. Un jeu textuel horrifique, dans une esthétique largement inspirée par Stranger Things, dans lequel vous interagissiez avec une machine qui n’est pas sans rappeler l’Amstrad CPC.

Ce jeu long d’une vingtaine de minutes requiert du joueur une logique particulière, celle des jeux qui n’avaient comme interface que le clavier et un langage de robot. « Look house », « use light switch » « go yard », « use key on door », ce genre de choses. Arrivé à ce moment du test, vous aurez d’ailleurs certainement compris qu’une bonne maîtrise de la langue de Shakespeare sera malheureusement indispensable. Au final, on louera une expérience plutôt intelligente, une mise en abyme sympathique et une ambiance réussie. On lui reprochera tout de même un système de jeux assez rigide – Comment ? Tu as utilisé le verbe « observe » au lieu de « look at » ? Dommage ! – qui reste toutefois imputable à la contrainte de temps de la Ludum Dare et au genre de l’aventure textuelle en lui-même.

The House Abandon ne va pas seulement rester sur cette expérience concluante, car le jeu va devenir le premier chapitre d’un titre plus grand, Untold Stories. Le tout développé sous l’aile bienveillante d’un Devolver qui a vu de l’innovation là-dedans. Après avoir terminé les 3 autres chapitres qui ont été ajoutés, force est de constater que malgré quelques défauts malheureusement inexorables, l’éditeur a encore une fois eu le nez creux.

Dactylograflippe

On aurait pu avoir peur que Stories Untold s’enferme dans le gimmick de l’aventure textuelle ad nauseam. Heureusement, il n’en est rien et des phases un peu plus variées font également leur apparition et apporteront un peu de variété à la grammaire ludique. Par conséquent, on passe au moins autant de temps à taper des mots au clavier que dans des séquences de point & click quasi immobile à la première personne qui ne sont pas sans rappeler des jeux comme Five Night at Freddy’s, les jumpscares décérébrés en moins. Le titre vous fera également passer par quelques puzzles qui vous demanderont un peu de réflexion, un bloc de papier et un crayon. Bref, de bons puzzles.

L’histoire peut quant à elle paraître quelque peu capillotractée. Beaucoup de symbolisme et d’éléments très, voire trop, cryptiques dans les trois premiers épisodes, le scénario ne permet malheureusement pas de se douter de ce qu’il se passe réellement avant la conclusion. Seul le dernier épisode dévoile le pot aux roses de ce thriller psychologique et horrifique. Ce qui est dommage, car le jeu aurait gagné à laisser plus d’indices sur la véritable nature des événements afin que le joueur ait une petite chance de comprendre en avance les révélations concentrées dans l’ultime volet de l’aventure. On reste un peu passif devant les péripéties qui se déroulent devant nos yeux et on accepte sans plus de procès les explications de textes que Stories Untold nous assène de manière un peu scolaire à l’issue de cette courte aventure de 3 heures.

Continue Reading